Guerre de Birmanie
Dans ce récit humain, au cœur des montagnes birmanes, les tribus Karens incarnent la résistance et la dignité face à l'adversité. Leur histoire est celle d'un peuple qui lutte pour la paix, la justice et le droit de vivre en harmonie avec leur terre et leur culture, dans un monde où la guerre semble parfois éclipser la lumière de l'humanité. Car derrière leurs sourires résilients se cachent les cicatrices invisibles de la guerre. Les déplacements forcés, les violences et les privations font partie intégrante de leur réalité quotidienne, laissant dans leur sillage des vies brisées et des rêves évanouis.
Lundi 25 mars 2024
En tant que volontaire, je me suis aventurée jusqu’à la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande, près de Mae Sem Lep, avec l'envie d'apporter mon aide dans les camps de réfugiés. Ce ( ceux ) que j'ai découvert là-bas m'a profondément bouleversée, mélange d'horreur et de compassion.
Au milieu des explosions et des tirs incessants, les habitants des camps tentent de maintenir un semblant de normalité. Leurs sourires persistants et leurs chants retentissants, même ( surtout ) après avoir appris la perte d’un être cher, m'ont laissé une marque au plus profond de mon âme. C’est peut être aussi ce qui est le plus difficile à encaisser, comment peut-on s’habituer à ce quotidien ? Quel est ce monde où le désespoir semble être la norme ?
Dans ces camps, la souffrance est omniprésente. La moitié des enfants sont blessés ou orphelins, victimes de la cruauté des conflits armés. Leurs histoires déchirantes, marquées par la perte et la douleur, résonnent dans chaque coin de ce lieu oublié de tous.
Chaque jour, je me faufile clandestinement de l’autre côté de la frontière en pirogue avec Oncle Pana, je dis frontière mais en réalité le territoire où je me trouve est constitué d’habitants qui se considèrent avant tout comme membres de l'ethnie Karen. Peu importe s’il y a marqué birman ou thaïlandais sur leur carte d’identité, leur dialecte et coutumes restent les mêmes d’un côté comme de l’autre. Pour eux, la frontière n’existe pas.
Dans ces conditions précaires, la solidarité est leur seule arme. Malgré le manque d'eau courante, de nourriture et d'hygiène, ils restent unis, s'entraidant pour survivre dans un monde où la violence est monnaie courante. Tous les jours, les réfugiés me parlent de leurs contacts aux États-Unis ou en Europe, nourrissant un rêve commun : celui de partir d'ici. Certains réussissent à s'échapper, mais je ne sais pas vraiment si c'est pour le meilleur ou pour le pire tandis que d’autres naissent et mourront sûrement dans ces camps.
Un jour, alors que je m'apprêtais à embarquer sur la pirogue pour traverser la rivière, des coups de feu ont éclaté. C'était la première fois qu'une pirogue était prise pour cible du côté thaïlandais. Prise de panique, j'ai cherché à me mettre à l'abri, tout en essayant de documenter la scène pour témoigner de la réalité brutale de cette guerre oubliée. ( vidéo en bas de la page )
La guerre a éclaté en raison des revendications d'indépendance des différentes ethnies. L'armée, soutenue par la Chine et la Russie, a renversé le gouvernement et perpètre des génocides depuis lors. Les villages sont détruits, les civils sont massacrés ou violés, l'aviation bombarde les écoles et les lieux de culte. L'avenir semble sombre pour ceux qui osent espérer une vie meilleure. Face à ces violences, toutes les ethnies se sont unies pour résister aux forces militaires, formant ce que l'on appelle les OAE. Moi qui ai grandi dans ce pays protégé qu’est la France, moi qui n’ai étudié la guerre que dans les livres et les films avec l’impression qu’on me parlait d’un lointain conte, jamais je ne m’étais rendue compte à quel point ce n’est pas un mythe appartenant au passé. La guerre est bien réelle.
Hier, le KNU (Karen National Union) a réussi à attaquer les camps militaires, provoquant une riposte sanglante des forces armées qui ont décidées de fusiller le village entier où je me trouvais. Heureusement, nous avons été prévenu à temps et le village a été évacué pendant la nuit, permettant aux habitants de traverser la rivière dans des conditions précaires pour sauver leur vie. Le village a été épargné, mais combien d'autres subiront le même sort demain ?
Dans cette région déchirée par la guerre, la vie continue malgré tout. Les enfants jouent, les familles s'entraident et même si le spectre de la violence plane toujours au-dessus de leurs têtes, les forçant à vivre dans la peur et l'incertitude, l’espoir perdure. Majoritairement bouddhistes, les karens trouvent dans leur foi un refuge face aux défis de la guerre. Le bouddhisme leur offre sagesse, compassion et acceptation de l'impermanence, les aidant à maintenir leur force intérieure. À travers la méditation et le soutien communautaire des temples, ils trouvent la capacité de persévérer malgré les épreuves. Leur croyance au karma et en la renaissance les encourage à agir positivement, malgré les obstacles, en gardant l'espoir d'un avenir meilleur.
Réveil à 5h, village de Puta
Rivère qui délimite la frontière entre Birmanie et Thaïlande