Everest Base Camp
Chaque foulée sur ce sentier légendaire n'était pas qu'une ascension vers le toit du monde, mais une lente immersion dans les abysses de mes propres frontières. Là-haut, les hauteurs ne sont pas qu'une question d'altitude, mais une confrontation brutale avec l'inconnu qui sommeille en nous.
À Lukla, l'air vibrait déjà d'une altitude qui me serrait la poitrine, tandis que le froid mordait ma peau, mais au fond, c'était la fièvre de l'aventure qui réchauffait mes veines. Les journées s’étiraient, ponctuées de grimpées harassantes et de paysages qui semblaient surgir d’un rêve, où chaque tournant du chemin déployait des scènes d'une grandeur inouïe : des sommets éclaboussés de blanc, des torrents qui chantaient leur course folle, et des hameaux suspendus entre ciel et terre.
Sans guide ni porteur, je traînais avec moi bien plus que mon sac ; je portais le poids de mes doutes et de mes espoirs. Les rencontres avec les Sherpas, gardiens ancestraux des montagnes, et les rares âmes errantes sur ce chemin m’offraient des instants de chaleur humaine dans cet univers glacé. Mais c’est surtout dans le silence assourdissant de ces géants de pierre que j’ai trouvé une résonance inattendue, une conversation intérieure, intime, qui m’a permis de me redéfinir, seul écho dans l'immensité de ces lieux.